L’historiographie du monde extra-européen entre les XVIe-XIXe siècles #1


Cet article fait suite à l’un des devoirs de réflexion que l’un de nos professeurs nous a donnés à la fin du deuxième semestre de L2 d’histoire afin de lui donner notre avis sur les sources historiques de la matière les Européens et le Monde (L2 Histoire à l’Université Paris 4 – Sorbonne Université).

SOMMAIRE

I. Les autres périodes d’étude de la licence d’histoire
II. Les sources historiographiques de l’histoire moderne


I. Les autres périodes d’étude de la licence d’histoire

Tout d’abord, il est bon à préciser que les sources nous permettant d’appréhender la matière cette période sont de nature différente à celles des autres périodes historiques. Par exemple, en histoire ancienne on aura plus tendance à étudier des textes issus d’auteurs contemporains aux événements concernés, qu’ils soient issus de la région concernée ou non comme Démosthène, Isocrate ou encore Xenophon mais on a aussi pu étudier des textes d’historiens racontant des événements passés avec une centaine voire quelques centaines d’années plus tard comme le Premier Triumvirat (60-53 av JC) raconté par Suétone aux alentours du IIe siècle après JC ce qui permet d’avoir plus de recul sur les événements mais ce qui a pu aussi altérer la retranscription des faits. En histoire médiévale, nous avons eu droit à un peu plus de ressources quelles soient iconographiques ou textuelles via les chroniqueurs, des lois, des registres civils, des correspondances échangées, des contrats de tout genre (endenture, compagnies), etc. Tout comme, en histoire contemporaine, les sources sont elles aussi variées et nous avons de plus en plus de textes d’historiens, d’articles de presse ou encore de discours de personnes de premier plan comme l’appel du 18 juin 1940 et le discours de Phnom Penh en 1966 du Général de Gaulle décrivant pour l’ensemble une situation particulière avec plus ou moins de recul sur les événements

II. Les sources historiographiques de l’histoire moderne (concernant la matière les Européens et le Monde)

Cependant, en histoire moderne, c’est complètement différent, je trouve que les sources sont moins “spécialisées/officielles” que dans les autres matières et que la nature des sources est très plurielle ce qui en fait sa singularité.
La plupart du temps, il s’agit de sources issues de personnes qui n’avaient pas pour vocation de marquer l’histoire et l’historiographie de son temps au moment où ils les ont rédigées comme par exemple Juan Sebastian Elcano faisant un simple bilan du voyage de Magellan auprès de Charles Quint en 1522 à son retour en Espagne ou encore de témoignages de missionnaires religieux (dominicains ou jésuites) pour d’autres religieux dans le cadre de leur mission d’évangélisation des territoires nouvellement conquis en décrivant caractères et coutumes des populations locales comme Joseph de Acosta, Francois Xavier, Matteo Ricci ou encore le Père Labat. Parfois même, il y a eu des sources provenant d’auteurs n’ayant eux-mêmes pas vécus les événements, de simples compilateurs  de récits de voyages comme l’Abbé de la Porte. 

L’intérêt de telles sources est qu’elles permettent à travers le prisme de l’auteur qui les a rédigées d’avoir un point de vue sur des événements et cela nous permet de répondre à des problématiques telles que comment les Européens percevaient-ils les richesses minières en Amérique du Sud ? Comment les Européens ont-ils découvert le continent américain ou encore les Indes à travers Vasco De Gama et Christophe Colomb ? Quelles relations et quels impacts les Européens ont-ils eu en Amérique avec les populations locales ? Néanmoins, l’un des problèmes que rencontre l’historien lors de l’étude de ces sources est qu’elles sont souvent peu nombreuses ce qui ne permet pas vraiment de pouvoir les confronter entre elles. Aussi, elles ne revêtent parfois pas d’un critère de fiabilité irréprochable en effet, s’agissant de témoignages, l’auteur aurait bien pu falsifier une réalité pour satisfaire les intérêts politiques et économiques de son souverain qu’il représente à l’étranger, cela s’est fait notamment avec les grandes compagnies pour conserver leur contrat et leur financement par les Couronnes et Royautés. D’ailleurs au premier semestre nous avons vu avec la conquête des Indes, que certains auteurs avaient fortement mis l’accent sur les merveilles que l’on pouvait retrouver aux Indes ce qui contribuait à façonner une image idéalisée et fantaisiste des Indes c’est pour cela qu’il faut avoir un certain recul lors de l’étude de ces sources afin de pouvoir extraire les informations vérifiées et/ou vérifiables d’où la nécessité pour l’historien de confronter l’auteur et les différentes sources disponibles et ce qu’elles soient françaises, anglaises, portugaises ou espagnoles.  

Enfin, il est également nécessaire de prendre un certain recul vis à vis des auteurs de ces sources car elles sont très majoritairement rédigées par des Européens par exemple peu d’auteurs amérindiens, aztèques ou incas peuvent nous témoigner aujourd’hui de la première rencontre de leur peuple avec les Européens. Or, pour la rédaction d’une historiographie allant au plus près de la réalité, il aurait fallut confronter les perceptions des locaux avec celles des Européens. Du côté des Indes, un auteur nommé Sanjay Subrahmanyam a tenu à lutter contre cette vision européo-centrée de l’histoire en confrontant les sources européennes et les sources indiennes afin d’obtenir une histoire plus impartiale dans son ouvrage The Portuguese Empire in Asia, 1500-1700: A Political and Economic History. Même chose pour l’historien – chercheur français Romain Bertrand dans L’Histoire à parts égales. 

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